Le sanglier solitaire

Et dans l’obscur taillis des êtres et des choses / Je regardai rôder, noir, riant, l’oeil en feu, / Satan, ce braconnier de la forêt de Dieu.
Victor Hugo, La Légende des siècles.

« Sur l’expression employée par David : « et le sanglier solitaire a dévoré ma vigne ».
Le Physiologue a parlé de cet animal : Il sort de la forêt de chênes et vient à découvert à la recherche d’un point d’eau pour se rouler dedans ; il s’en trouve ragaillardi et se rend dans la vigne pour dévorer les bourgeons ; il saccage la vigne, il la piétine et la rase. Mais s’il tombe sur une vigne qui a été bien barricadée il ne peut pas y pénétrer, pas plus qu’il ne peut dévorer les rameaux qui sont accrochés en hauteur.

Saint Basile a dit : « Le cochon qui sort de la forêt de chênes est l’image du diable » ; et David : « la vigne est l’image du monde ». Le diable est sorti, s’éloignant de la volonté de Dieu, et il rôde en cherchant le moyen de trouver une âme qui ne serait pas barricadée et n’aurait pas la crainte de Dieu ; et lorsqu’il en a trouvé une il y pénètre, la dévore par des pensées mauvaises et la roule dans le bourbier du péché. Mais s’il rencontre une âme bien barricadée dans la volonté de Dieu il bat en retraite et s’éloigne d’elle, car il ne peut pas cambrioler la maison de cette âme.
La vigne signifie également le Seigneur ; puisqu’il dit lui-même à ses disciples : « Je suis la vigne, vous êtes les sarments ».
Ainsi donc, lorsqu’un homme demeure  dans la volonté de Dieu et qu’il maintient son esprit en hauteur, comme des sarments accrochés à des échalas, celui qui fait constamment la guerre aux hommes sans jamais en être rassasié constate, en allant vers lui, que les justes ne vivent pas dans l’insouciance mais qu’ils demeurent dans la volonté de Dieu – et il s’enfuit loin d’eux. Mais s’il tombe sur un homme qui vit dans l’insouciance il s’introduit chez lui, dévaste la maison de son âme et du coup l’homme est détruit. »

Physiologos, Le bestiaire des bestiaires, traduit du grec, introduit et commenté par Arnaud Zucker, Éditions Jérôme Millon, 2005, pages 302-303.

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