Projections

Texte écrit en avril 2011. Illustration : Shadow sculpture, Tim Noble & Sue Webster.


 

Une âme habituée est une âme morte.

Charles Péguy.

 

Il m’ouvre la porte avec un sourire légèrement tendu vers une autre, je vois simplement qu’il est hanté. Je n’avais aucun moyen de le savoir. Continuer à lire … « Projections »

T’en fais pas, mon ptit loup

(Illustration Cui Fei) – Chronique écrite en février 2011.

 

« T’as qu’à lire Kirikou. »

Qu’il me balance.

Je lui demande « ah bon, et pourquoi ? »

« Et bien tu saurais que la sorcière a une épine dans le dos, et que c’est peut-être comme moi, peut-être que moi aussi je souffre. » Continuer à lire … « T’en fais pas, mon ptit loup »

Pourquoi faut-il lire les Lettres du Nord ? Adieu à Boyer

Cela fit comme un cri d’oiseau étrange sur le lac désert. Savoir si l’oiseau était grand ou petit, cela ne s’entendit pas.
Tarjei Vesaas, Les Oiseaux.

Régis Boyer est mort le 16 juin dernier, à 84 ans, et j’ai tardé à m’en émouvoir, prise dans la course folle de ma propre existence. Pourtant je lui devais beaucoup et il me manquera de ne plus me faire engueuler dans chacun de ses livres, perpétuellement excédé qu’il était, comme un homme trop sage qui n’a pas tenu le coup face aux assauts répétés de la médiocrité des clichés. Continuer à lire … « Pourquoi faut-il lire les Lettres du Nord ? Adieu à Boyer »

Spinalonga – Hanging Rock

Chronique écrite en 2009.

En vacances en Crète en 2004, je visitai l’étrange île forteresse fantôme de Spinalonga, dernière léproserie d’Europe, pensant tout au long de cette procession dans les ruines silencieuses et oppressantes au non moins angoissant film de Peter Weir, Pique-Nique à Hanging Rock, découvert lors d’une édition du Festival du Film International de La Rochelle, dont la programmation, envoûtante et souvent ténébreuse, n’en finit jamais de me ravir. Continuer à lire … « Spinalonga – Hanging Rock »

Arrivée au Centre, j’attends

(Journal, février 2014)

J’avais oublié la brume, ce matin Orléans disparaît. Je descends tôt vers la Loire, à travers les ruelles aux pierres blanches qu’on devine douces, qu’on ne touche pas encore. Depuis que je sais marcher, à nouveau, que je ne me perds plus, j’avale les artères et les petites veines, les ponts, les squares et les embranchements. Près de l’eau, je pense à la rivière d’Ophélie et de Virginia Woolf. Elles suivirent les rivières. Cette eau devant Continuer à lire … « Arrivée au Centre, j’attends »

Une balade française

« Je commence à en avoir assez de vivre des heures historiques. » Maurice Garçon, Journal, 1944.

« Chacun de nos gestes compte. » Slobodan Despot, Le Miel, 2014.

Je regarde passer des oiseaux en groupe, au-dessus d’un vaste champ arrêté, à côté d’un arbre. Je ne suis pas arrivée depuis assez longtemps de la ville pour reconnaître des passereaux, des frênes ou une vallée, un indice. J’en reste aux formes. Je chante à tue-tête un couplet de Jean-Jacques Goldman en tapant sur mon volant limé, me faisant la réflexion que si tu te demandes sincèrement ce qu’est un Français, c’est celui qui ne capte que Nostalgie lorsqu’il se rend faire un scanner à l’hôpital de Continuer à lire … « Une balade française »